Essai voile paru dans Bateaux – Avril 2010 - 04-2010
Design iconoclaste, gréement de ketch aurique et volume intérieur incroyable : le Triaskell ne fait rien comme les autres. Un pari fou? Peut-être pas. Le chantier Plasmor défend juste sa vision de la navigation : découvrir, pêcher, caboter… en prenant son temps.
Retrouvez l’essai voile paru en Avril dans Bateaux sur le ketch aurique
Le Triaskell :
PERFORMANCES
Gréement. Pour Dominique Bourçois, le patron du chantier Plasmor, plus il y a de voiles, mieux c’est ! le but ? « Retrouver les formes primitives de la navigation ». Ne souriez pas, avec le Triaskell, il y a en effet de quoi s’occuper. La configuration de ketch aurique retenue compte trois voiles dans la configuration de base. On peut également s’offrir un clinfoc amuré sur un long bout-dehors et un flèche.
Au près. Le faible allongement du gréement et le faible tirant d’eau ne permettent pas de serrer beaucoup le vent. Comptez un angle de 110° bord sur bord.
Au portant. A partir de force 3, la vitesse oscille entre 5 et 6 nœuds au grand largue. Dans les claques à plus de 20 nœuds, nous avons même approché les 7 nœuds en lofant un peu. En abattant, la grand voile aurique masque rapidement les voiles d’avant, aussi il ne faut pas hésiter à naviguer plein vent arrière, en ciseaux.
Passage dans la mer. Dans le Golfe du Morbihan, nous n’avons eu affaire qu’avec du petit clapot, avalé avec aisance grâce à l’inertie du bateau. L’étrave très défendue ne mouille pas du tout. Brise ou petit temps ? Médium et brise sans hésiter, car la surface mouillée importante du Triaskell (largeur à la flottaison respectables et quilles de grande surface) colle la carène à l’eau. Mais la configuration du ketch aurique à condition d’envoyer le flèche peut sauver les meubles dès force 2. Dans le vent fort, ce sera régime trinquette et artimon pour équilibrer au mieux le bateau et descendre le centre de voilure.
Motorisation. C’est l’embarras du choix. Sur notre voilier d’essai, un hors-bord de 30 ch se cache sous le capot, dans un puis. L’installation est remarquablement silencieuse : au ralenti, on ne peut affirmer si le moteur tourne ou non ! Plasmor propose également trois motorisations Diesel : 14,21 ou 29 ch Yanmar monté en sail drive.
Gîte. Largeur généreuse, centre de voilure assez bas et deux quilles en fonte (425 kg chacune) qui représentent 30% du déplacement total : des caractéristiques qui se traduisent sur l’eau par une bonne raideur ) la toile et un comportement toujours sain.
AGRÉMENT DE NAVIGATION
A la barre. A vous de choisir, suivant les conditions du jour, la barre à roue extérieure ou celle de la timonerie (montage à drosses). A moins que vous préfériez la barre franche, solidaire du safran extérieur ? Le débattement du manche est malheureusement réduit par la présence du mât d’artimon. Les multiples transmissions (textiles pour la barre extérieure, à drosses pour celles de la timonerie) se traduisent malheureusement par une sensation de lourdeur. On a l’impression de diriger un voilier de 8 ou 10m, voire un catamaran plus grand. Mais le Triaskell est toujours évolutif, capable de virer court et d’aborder précisément un quai.
Ergonomie du cockpit. Le beau salon de pont de 6m2 qui fait office de cockpit doit s’accommoder de ce tube en aluminium et de son haubanage. On se sent haut perché, mais les bancs amovibles sont confortables. Protection de l’équipage. Forcément plus exposés au vent, mais moins aux embruns. Le chantier a donc prévu des cagnards qui protègent efficacement les assises.
Manœuvres. On navigue à l’ancienne. Les drisses (drisse de pic et de mât pour la grand-voile aurique) restent sur le mât et les écoutes se bordent sans winches. En ce qui concerne la grand-voile, reprise par deux palans, et l’artimon de surface réduite, les efforts sont peu importants. En revanche, les voiles d’avant réclament vite des bras.
Circulation. Pas d’hiloires à escalader. Les passavants sont protégés par de haut pavois qui ceinturent tout le pont. Et le rouf est coiffé de longues mains courantes ajourées. On progresse donc sans difficultés et en sécurité jusqu’à la plage avant.
Accès à l’intérieur. Grâce à la timonerie très haute, l’accès aux emménagements ne demande aucune acrobatie. A descente travers à la marche surprend au début. Puis l’équipage l’adopte rapidement.
A L'ESCALE
Mouillage. La balle de faible volume offre le minimum, juste de quoi stocker le câblot, la chaîne et une partie de l’ancre. Faute de davier ad hoc, relever le mouillage promet d’être physique.
Amarrage. A l’avant et à l’arrière, deux gros tubes en inox soudés sur leur support font office de taquets. Pas agricole, mais presque, ils jurent avec les frêles chaumards et les taquets de garde en plastique. Lesquels seraient avantageusement remplacés par des écubiers qui assureraient une course plus directe aux amarres.
Accès à l’eau. Pas de jupe ni de marches intégrées. Seule une échelle sur le tableau arrière permettra à l’équipage de se baigner ou de rejoindre l’annexe.
Rangements techniques. A l’arrière du pont, un énorme coffre occupe toute la largeur de la coque. Ce volume peut vite devenir un fourre tout peu pratique, aussi le chantier peut-il l’aménager à la demande.
CONFORT
Carré. Il s’appuie sur le bordé tribord. Deux courtes banquettes encadrent une table de 108x90 cm équipée de fargues. La nuit, ce carré, qui a désormais gagné en rigidité, peut se transformer en couchette d’appoint.
Couchages. Une cabine double à l’avant, et deux couchettes cercueil sous le cockpit. Fréquentables même à la gîte et moins soumises au tangage, elles seront agréables en navigation. Cuisine. Compacte, elle intègre un évier, un réchaud deux feux et des rangements. La cloison en bois, très proche des brûleurs, devra être protégée. Table à cartes. Face à la route, le coin navigation permet de préparer sa navigation et ses atterrissages dans de bonnes conditions. Toilettes. Sur les tout derniers Triaskell, la cabine WC./douche est contremoulée, ce qui simplifie les opérations de nettoyage.
Finitions. Les ajustages des cloisons et des boiseries sont encore approximatifs. L’absence de vaigrages n’est pas gênante, mais il reste à appliquer la bonne peinture, celle qui masque la stratification. Celle du Djinn 7, par exemple….
Rangements. Pas moins de 19 coffres se cachent sous les couchettes ! il faudra quasiment dresses un plan de rangements pour retrouver rapidement les spaghettis.
CONSTRUCTION :
Matériaux coque et pont. Plasmor privilégie la robustesse et la longévité. Pas de sandwich sensible aux infiltrations, mais du bon polyester monolithique suréchantillonné. C’est plus lourd mais increvable.
Appendices. Les deux quilles en fonte sont prévues pour un échouage stable et sans soucis. Sur une cale inclinée ou sur un terrain meuble, le safran robuste sert également de point d’appui…d’appoint.
Entretien. Peu de boiseries extérieures sinon du teck, des pompes à pied, un tableau électrique immédiatement accessible, des boulons de quille visibles : le chantier a privilégie la simplicité et la fiabilité.
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© Crédit photo Bateaux – Avril 2010
Le voilier Triaskell : Design iconoclaste, gréement de ketch aurique et volume intérieur incroyable