Mare Nostrum : le périple touche à sa fin

Le projet Mare Nostrum touche à sa fin, voici les dernières infos.

2014-09-05-Mare-Nostrum-LogoLe projet MARE NOSTRUM est tout d’abord une aventure humaine comme il en existe peu aujourd’hui, celle de rallier Gibraltar à Istanbul en kayak de mer, un voyage de plus de 10 000 km le long de la côte nord Méditerranéenne. Durée de l’expédition, un an et demi, et douze pays traversés.

Il est orchestrée par deux jeunes étudiants passionnés par la mer et son environnement : Louis, étudiant l’Université Technologique de Compiègne a déjà entrepris un périple en kayak (2009), un trajet de Brest à Collioure, et a également participé au premier « leg » de la mission TARA Arctic ! Il est accompagné par Douglas, son acolyte de voyage, étudiant en Master d’Océanographie à l’Université Pierre et Marie Curie, et qui a déjà accompli quelques voyages dans les mers du globe en tant qu’instructeur de plongée, ce qui lui a permis de partager avec le public ses connaissances sur les richesses du milieu marin.

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Ce projet est donc un exploit sportif en soit, mais ces deux aventuriers se sont fixé plusieurs objectifs. Parce que la Méditerranée est un « hot spot » de biodiversité et qu’il est donc important de la protéger des pressions anthropiques de plus en plus croissantes dans cette région du monde, Douglas et Louis tenteront tout au long du trajet de faire connaitre ce patrimoine auprès des jeunes rencontrés dans les douze pays traversés et mèneront des actions de sensibilisation dans ces classes européennes.

L’utilisation du kayak Belouga 2 Grand Raid comme moyen de transport est une opportunité pour la Recherche, et ces jeunes scientifiques pourront donc participer à quelques missions commandées par des laboratoires et des associations. « Nous allons donc participer à l’océanographie dans un but de conservation des environnements marins. Notre message de respect de la nature est donc porté par des implications scientifiques fortes, qui nous permettent de lier la science et la sensibilisation. Un cocktail à consommer sans modération ! Armés de notre kayak et du matériel scientifique embarqué, nous irons dans les écoles […] pour échanger avec les élèves et vivre des moments forts. Nous évoquerons les algues toxiques grâce à nos propres prélèvements, la place des cétacés en Méditerranée en leur faisant découvrir les sons que nous enregistrons, le rôle que jouent les sociétés avec les nuisances sonores […]. Le monde marin est passionnant et les sujets à aborder sont vastes ! »

Douglas et Louis arpentent les rives de Méditerranée depuis le 1er Août 2013, voici donc un résumé de cette première année d’expédition.

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Espagne

Dès le départ, des petits soucis d’ordre « administratif » retiennent nos deux jeunes sportifs : Gibraltar, territoire Anglais ayant quelques petites tensions politiques avec l’Espagne, retient le kayak à la frontière ! Non découragés, Douglas et Louis prennent l’option de transiter le kayak de l’Espagne vers Le Rocher en empruntant tout simplement la mer !
Les premiers kilomètres de côtes espagnoles sont marqués par le soleil et la chaleur mais l’accueil des gens du coin reste toujours à la hauteur : « Le premier bout de côte a été riche en rencontres, la Costa del Sol n’offrant pour le moment pas de paysages à en perdre ses pagaies, mais sur les immenses plages de sable remplies par les vacanciers, nos arrivées intriguent et suscitent toujours bon accueil ». Mais la forte cadence fixée, de 20 à 40 km par jours, les amènes à ralentir. Douglas souffre de tendinites répétées qui pourront être soignées par un kiné rencontré sur une plage ! Et comme l’a dit un voileux rencontré « Il vaut mieux être à terre et vouloir sortir, qu’être en mer et vouloir rentrer ! »

« Heureusement notre kayak est équipé de 2 voiles, une botte secrète que nous utilisons rarement en Espagne, car le régime de vent est surtout du Levente, vent d’Est. Nous battons des records de distance avec les voiles, en faisant 54km en 9h de navigation! »

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France

Première grosse étape en France, Banyuls, fut un point d’encrage essentiel pour aborder l’hiver sereinement. Vidage, nettoyage du kayak, embarquement du « matos d’hiver » qui devient vite un casse-tête (150 kg au total) et, fixation du panneau solaire directement sur le pont pour recharger les batteries pendant leurs courtes heures de navigation hivernales.

Ils ont trouvé un accueil chaleureux un peu partout sur la côte française où ils étaient très souvent attendus ! Partenaires étant sur place, amis d’amis d’amis…, ainsi qu’une quantité de classes et de jeunes rencontrés le long du littoral. En tout et pour tout, pas moins de deux mois passés au pays, pour seulement 31 jours de navigation ! Glandeurs notoires dirons certains, tributaires de la météo répliquerons ils ! En effet, les jours raccourcissent, le froid s’installe, limitant fortement leur durée de navigation. Sans oublier les coups de vent qui les stoppent littéralement. Au-delà de 15 nœuds, impensable de mettre la bête à l’eau ! Obligés de rester à terre (au chaud quand ils le peuvent), ils profitent de ces escales forcées pour rencontrer le peuple méditerranéen. La plus marquante pour eux (et sans doute la plus emblématique), a été celle de Monaco et la rencontre du Prince Albert.

Italie

L’hiver en Italie n’est également pas de tout repos ! Le vent de face est nettement plus fréquent, avec des intensités plus élevées : ils passeront noël coincés pendant quatres jours dans un hotel désaffecté. Petit coup de blues donc, sans cadeaux et surtout sans dinde !

Sécurité et « confort » sont les deux maîtres mots à penser des garçons: il faut à tout prix éviter des zones trop peuplées pour éviter les convoitises, et trouver un endroit relativement abrité pour se protéger du vent et de la pluie.
L’humidité est un vrai problème. Il faut au moins deux heures le matin pour faire sécher tout le matériel avant de repartir. Les journées de navigation hivernales sont donc nettement plus réduites qu’en été, et bien sûr plus froides ! « -5°C ont été enregistrés pendant la soirée du 31, où nous avions établis le camps dans le parc naturel de Migliarino : le cassoulet et le patté Henaff, agrémenté d’un Panetone au coin du feu ont permis de maintenir un semblant de fiesta ! »
Bien que prévue six mois avant leur départ de Gibraltar, l’escale de Rome fût pleine de surprises et riche en émotion « Nous sommes acceullis à bras ouvert par la classe de CM1 du Lycée français de Rome qui suit le projet Mare Nostrum depuis le début. Les élèves clament avec ferveur « Douglas et Louis !» avant leur arrivée dans la salle. Les enfants sont toujours curieux et nous surprennent à chaque fois ».

Arrivés à Naples au printemps, les deux kayakistes accélèrent la cadence pour une simple et bonne raison : « nous voulons à tout prix éviter un deuxième hiver sur l’eau !» Remontée fulgurante pour atteindre Venise, la cerise sur le gâteau ! En Italie depuis six mois, c’est l’objectif à atteindre : la fin des côtes italiennes et la descente de l’Adriatique, enfin !

Les Balkans

Ils passent la frontière avec la Slovénie le 4 juin, poussés par le vent en direction de la Croatie voisine. L’été se met en place avec ses premières grosses chaleurs qui amènent Douglas et Louis à changer leur rythmes de navigation : « On se lève quasiment avec le soleil pour essayer de partir le plus tôt possible et éviter les coups de chauds de la mi-journée. Avant midi on cherche un petit endroit sympathique à l’ombre, il y a l’embarrât du choix ici ! C’est vraiment une très belle côte, on saute d’île en île sur une mer d’huile. On se repose quelques heures avant d’entamer la deuxième partie de la journée, généralement jusqu’à une heure avant le coucher du soleil ». Mais la Bora peut être également au rendez-vous. Ce vent froid de Nord-Est descendant des montagnes entraine la mer dans son élan. « En quelques minutes on a vu la mer monter et se former fortement. Heureusement les îles sont là pour se protéger ! ».

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Douglas et Louis ont emprunté le canal de Corinthe en Septembre pour éviter d’effectuer le tour du Péloponnèse. A cette époque, les vents y sont encore forts et pourraient les empêcher d’arriver avant l’hiver prochain ! L’arrivée à Istanbul est prévue pour la mi-Octobre !

Un petit aperçu des projets scientifiques de l’expédition Mare Nostrum

Projet Scientifique : Acoustique sous-marine

Dans son souci d’aider la Recherche lors de leur parcours le long de la côte nord méditerranéenne, le projet Mare Nostrum s’est associé à Hervé Glotin, professeur à l’Université de Toulon, et spécialiste du traitement de données acoustiques pour l’étude de cétacés. Récupéré à Toulon, l’hydrophone embarqué est utilisé tout le long du trajet : une fois par jour, Douglas et Louis l’utilisent pour enregistrer les « sons » qui se propagent dans cette immensité liquide.
Cette méthode permet d’étudier deux phénomènes différents, mais qui sont néamoins liées :
-identifier les espèces de cétacés présents au niveau côtier sur le transect nord méditerranéen. Ce qui au passage n’a jamais encore été réalisé !
-établir une carte du bruit anthropique se propageant dans cette masse d’eau, et qui pourrait nuire à ces cétacés.

Projet scientifique : étude d’Ostreopsis

Ostreopsis, un dinoflagellé d’origine tropicale, a été observé pour la première fois à Villefranche-sur-Mer en 1972. Cette espèce benthique se fixant sur un substrat, généralement des algues, est capable de se développer très fortement en été, lorsque les conditions sont plus propices (eaux chaudes et riches en nutriments). Ces micro-algues sont responsables aujourd’hui de formation de blooms toxiques par libération de palytoxines sous forme d’aérosol. L’effet de ces efflorescences algales sur l’environnement marin et plus directement sur l’Homme reste encore à étudier. L’invasion d’une telle espèce pourrait impliquer un changement dans l’écosystème méditerranéen en place, notamment par le fait d’une bioaccumulation au sein du réseau trophique.
Douglas et Louis ont donc réalisés des prélèvements de macro-algues qui pourraient être le support de ces Ostreopsis. Envoyés à l’équipe du Dr Rodolphe Lemée du Laboratoire Océanographique de Villefranche, ces échantillons seront analysés pour identifier la présence ou non des dinoflagellés sur les côtes espagnoles et identifier les substrats privilégiés. Enfin une analyse ADN sera réalisée pour les comparer aux populations déjà connues à Villefranche et ainsi avoir des informations complémentaires sur la dynamique de population de cette micro-algue encore insuffisamment connue.

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