Faut-il savoir esquimauter pour faire du kayak de mer ?

Nous pensons que non, bien que cela ne soit pas forcément inintéressant d’apprendre à esquimauter, et surtout que  ce n’est en aucun cas LA sécurité absolue que beaucoup croient. Il suffit pour s’en convaincre de  voir les (peu nombreux ) accidents des dernières années pour constater qu’ils concernent autant d’esquimauteurs que de non-esquimauteurs : pourquoi ?

Esquimauter en kayak de mer

Ce qui est compliqué dans l’esquimautage, ce n’est pas tant la technique -que tout le monde peut apprendre plus ou moins rapidement en piscine- mais d’arriver à contrer  son instinct primitif qui vous pousse à sortir du bateau quand son cerveau reptilien détecte un danger.
Inutile de dire que ce cerveau reptilien réagit au quart de tour, et que vous risquez de vous retrouver hors de votre bateau avant que les couches supérieures de votre intellect ne se mettent en marche pour organiser la séquence de l’esquimautage !

C’est le jour et la nuit entre esquimauter volontairement (en se disant « je vais esquimauter »),  et esquimauter par reflexe, donc courcircuiter votre cerveau reptilien qui agit directement pour relâcher les muscles des jambes et ainsi vous faire sortir du bateau alors qu’il faudrait au contraire rester bien calé.

L’entrainement consiste donc à se faire surprendre pour cultiver ce réflexe (cet anti-réflexe plutôt). En clair, cela veut dire passer votre temps dans les rouleaux à être surpris !
Pourquoi pas, mais on peut penser qu’il y a  d’autres façons plus agréables et intéressantes de profiter de la mer !

(Pour les esquimaux, c’était une nécessité car ils ne pouvaient pas sortir de leur bateau –jupe attachée au corps et au bateau- . Il semble toutefois que dans une vie de chasseurs en kayak,  leur  mortalité en mer  était supérieure à 30% )

La sécurité en mer, c’est d’abord pour nous l’humilité devant le milieu, ne pas penser que l’on maitrise tout. C’est adapter ses sorties à ses capacités. C’est s’obliger à ne sortir qu’avec tout son matériel de sécurité (pagaie secours, paddle float…), même si c’est une toute petite sortie, prévoir son itinéraire, prévoir une alternative si le temps  change, etc…

Savoir renoncer à une sortie si l’on a oublié, par exemple, sa pagaie de secours, alors qu’il fait beau et que la mer est plate,  demande une rigueur mentale qui nous semble à la fois plus difficile à acquérir que l’esquimautage, et en même temps beaucoup plus efficace pour sa propre sécurité.

Le principe de la randonnée –savourer un déplacement dans un milieu naturel- est qu’il n’y a pas de notion de niveau pour la pratiquer, mais qu’il y a en permanence une évaluation de ce que l’on sait faire, du matériel dont on dispose et du déplacement que l’on envisage de faire.
Cette humilité devant le milieu et devant ses propres capacités est à la base de l’accès aux endroits naturels ou nous évoluons, que cela soit en bateau, en vélo, à pieds…