EXPEDITION KAYAK EN PATAGONIE (5)

Christian Clot et Mélusine Mallender ont entrepris une expédition en marche à pied et kayak de mer, entre terre et mer. Partis le 20 février 2009 à la découverte de la Patagonie.
Récits de leur périple :

14 juin 2009 – Dernière étape
Nous voilà reparti depuis deux jours, dans le fjord Ultima Esperanza puis vers Punta Arenas. Un secteur important pour terminer notre aventure dans les terres des Tehuelches et des Kaweskars puisque à la transition entre les deux mondes. Ultima Esperanza et les lagos Skyring et Otway sont en effet les seuls endroits où ces deux peuples séparés par les montagnes ont pu avoir des contacts, puisque dans les fjords et à la limite de la Pampa. C’est aussi le territoire où vivait le fameux Mylodon, animal préhistorique dont un bout de peau possédée par la famille de Chatwin a donné envie à ce dernier de venir en Patagonie.
Il était important pour nous de terminer notre aventure par ces territoires, entre kayak et marche. Moins forestier, moins raides, les côtes offrent un paysage très différents que celui des canaux que nous avons connus jusque là. Seul la météo, pourtant normalement plus calme dans ces régions car protégées par les plus haute montagne, ne change pas pour nous : au creux d’une très forte dépression, suivie par une amie à elle, nous sommes soumis a des vents très violent, des températures plutôt basses et beaucoup de précipitation. Il a d’ailleurs fallu nous éloigner un peu avec une camionnette de Puerto Natales afin de ne pas nous faire voir par l’armée qui ferme le port presque en permanence ces temps, empêchant toute sortie de bateau, et donc de kayak.

hielo-continental

10 juin 2009 – Port fermé… encore de l’attente
Depuis hier matin, le port de Puerto Natales est fermé en raison de vents très puissants avec rafales à 60 noeuds… Cela commence à faire comme on dit. Nous qui nous étions préparé pour repartir au plus vite, nous voilà bloqué a Puerto Natales. Une situation qui risque de durer un peu, les prévisions pour ces prochains jours étant mauvaise, avec situation de risque de tempête, ce qui veut dire que le port restera fermé. Nous sommes inquiet vu les jours qui passent trop vite. Mais nous gardons espoir de voir la mer se calmer un peu, notre désirs de terminer notre aventure sur le kayak, de retrouver l’ambiance des canaux, ne serait-ce que pour quelques jours étant très fort….

07 juin 2009 Revers de fortune
Bonjour à tous,
Depuis un peu plus de quatre mois que cette expédition Hielo Continental à démarré, chaque jour a apporté son lot de surprises, de terrains variés et de découvertes. Dans la plupart des cas, heureusement, ce sont des moments positifs, forts, qui offrent un incontestable enrichissement. Sans doute également enrichissent, mais sur un plus long terme, les revers, problèmes et doutes viennent également émailler le cours d’une aventure comme celle que nous vivons actuellement. C’est ce qui c’est passé voilà quelques jours, avec un violent accident qui s’est soldé par la perte de l’un de nos kayaks, d’une partie de notre équipement, se terminant sans blessure grave pour nous, et donc, compte tenu des évènements, dans les meilleures conditions possible. En deux longs posts sur le blog http://christianclot.wordpress.com, vous trouverez le déroulé de cet accident du à un williwoo qui nous a surpris en pleine traversée d’un large canal.

Cet évènement survient sur la fin de notre parcours, alors que nous avions terminé la plus grande partie de cette découverte que nous voulions faire des mondes et modes de vies des Indiens terrestre Tehuleches et marins Kaweskars. Après quelques hésitations, nous avions décidé d’augmenter la distance de notre parcours, nous obligeant à une navigation journalière importante. La fatigue a-t-elle obscurcit notre jugement ? Peut-être. Comme toujours, après un accident qui survient en quelques secondes, avec un temps possible de décision réduit à sa portion la plus congrue, l’analyse à posteriori oblige à se poser de nombreuses questions.
Nous savions la météo changeante, mais donnée pour relativement calme pour encore deux jours, et rien, au moment de notre départ du matin, ne laissait présager l’arrivée de ces vents violents, et encore moins d’une rafale de williwoo. A quelques part, nous qui voulions expérimenter la vie et les difficultés de progression que pouvaient ressentir les kaweskars, nous sommes maintenant comblés, puisque ces williwoo étaient ce que redoutaient le plus les Nomades des mers, souvent fatal pour eux, et que nous n’en avions pas encore connu jusque là. Puisqu’il faut chercher le positif dans chaque situation, au-delà du fait que nous soyons tous les deux en vie et en bonne santé bien entendu, nous ne pouvons que nous servir de cette expérience pour réaliser, une fois de plus, l’incroyable vie que menaient les kaweskars dans des mers parmi les plus complexes du monde… Et admirer leurs capacités à y survivre, à y trouver plaisir et bonheur, à faire corps avec un milieu qui ne pardonne rien, mais offre tellement en retour. Car, incontestablement, excepté peut-être les dix premiers jours de découvertes où tous nous semblait au-delà de nos capacités, nous avons aimés chaque jour passé dans ces canaux et fjords. Une relation avec une nature sans cesse en mutation, qui oblige à une profonde intégration, qui offre des paysages et un sentiment de liberté hors norme. Une relation qui ne peut nous empêcher maintenant de vouloir repartir le plus rapidement possible, afin de terminer cette expédition dans les meilleures conditions possibles. L’analyse de l’état de nos équipements nous laisse encore quelques doutes quand à notre capacité à pouvoir le faire dans les délais qui nous restent, mais nous allons faire notre possible pour que cela soit le cas. Nous vous tiendrons bien entendu au courant de l’évolution des évènements.
A bientôt donc pour plus de nouvelles, merci à tous, Christian

6 juin 2009 – Malgré nous…
Après notre accident de mercredi 3 juin, les choses se sont un peu précipitées, contre notre volonté.
Une fois de retour à terre, la tente montée, nous avons pu faire le point sur notre situation. La perte du kayak de Mélusine et le stress de l’accident dus à un changement brutal de météo nous avait fortement affectés. Une grande part de notre nourriture, les équipements électroniques –dont le caisson les contenant avait été éventré- et de réparation avaient également disparu avec Lola, entraînés vers les fonds de plusieurs centaines de mètres à notre position.  Bien que peu brillante, notre situation n’était pas désespérée. Outre le kayak double de Christian, il nous restait tous les équipements de camp et de la nourriture pour dix jours, soit une vingtaine en nous rationnant. Mais plus que tous, excepté de fortes contusions dorsales et cervicales pour Mélusine ajoutées à une profonde fatigue, nous étions tous les deux là, vivant et sans blessure grave. Presque un miracle dans les conditions que nous avions subies. Nous avons donc pris la décision, selon le principe que nous nous étions fixé au préalable, de ne pas demander de secours et de poursuivre notre trajet avec un seul kayak, au moins jusqu’à un site où des pêcheurs auraient pu nous aider avec de la nourriture. Mais l’armada chilienne en a décidé autrement.  Une fois ce bilan effectué, nous les avons prévenus par téléphone satellite de l’incident et du fait que nous ne pourrions plus communiquer avec les bateaux faute de VHF. Ils nous ont demandé un bilan complet de la situation et nous les avons informé que nous allions continuer l’expédition. Puis nous sous sommes couchés pour nous reposer de nos émotions. Il était alors 14h30. Vers 16h00, dans un demi-sommeil, j’entends un bruit de moteur et de corne de brume. Je m’en soucie peu, des bateaux passant régulièrement dans le canal en signalant leur présence en cas de brouillard à l’aide de corne de brume. Je me recouche. Mais  au bout de 30 minutes, non seulement le bruit de moteur ne s’est pas éloigné, mais les coups de corne de brume persistent. Cette fois pleinement réveillé, je me décide à jeter un œil par la porte de la tente… pour me trouver « face à face » avec l’énorme masse du ferry Navimag, à une centaine de mètres de nous, ancre baissée, se maintenant péniblement dans les courants toujours violant.  Bien loin de sa route, il ne pouvait être là que pour nous… et depuis un petit moment déjà. Sans pouvoir communiquer directement avec lui, nous appelons l’Armada par téléphone. Nous nous sommes à peine présenté que le factionnaire nous intime l’ordre d’une évacuation immédiate. L’ordre vient du général directeur des opérations maritimes de Valparaiso. De loin, dans un bureau, après ce que l’on peut imaginer être le téléphone arabe de la remontée de l’information, cette décision est sans aucun doute justifiée. Pour nous, elle nous parait sans fondement et nous pensons à refuser cet ordre. Mais dans le canal, les hommes du ferry « Puerto Eden » de Navimag, malgré que le bateau continue d’être chassé par les courants, commence à descendre une barque de sauvetage. Plus pour ces hommes qui ont dérouté leur navire et sont maintenant prêts à venir nous chercher, nous rappelons l’Armada pour confirmer l’évacuation et que nous allons nous rendre vers le ferry par nos propres moyens afin d’éviter que l’équipage ne prennent des risques inutiles.

15 minutes plus tard, dans une mer qui s’est miraculeusement soudainement calmée, nous nous approchons de la masse imposante du Navimag, qui descend une échelle de secours. Je les vois déjà nous demander de monter à bord en abandonnant notre kayak et derniers équipements, ce que j’aurais refusé sans appel. Mais plusieurs hommes descendent la rampe, attrapent notre embarcation et, après nous avoir fait monter à bord, chargent notre kayak sur la rampe qui remonte.
Avec une amabilité sans faille ils prennent soin de nous, surpris de ne voir que deux personnes en bonne santé. Plus tard, le capitaine nous expliquera qu’ils ont reçu un ordre d’évacuation d’urgence pour une dizaine de personnes dont une fille gravement blessée. Une fois sur site, il a même du décider de couper ses instruments de communication, lassé de recevoir toute les 2 minutes des appels venant de Punta Arenas, Puerto Natales, Santiago et Valaparaiso lui demandant de rendre des comptes du sauvetage en cours. Un sauvetage qu’il ne voulait pas réaliser dans ces conditions et que nous n’avions pas demandé. Ceci dit nous ne pouvons que remercier avec chaleur la gentillesse et l’aide de l’équipage du Puerto Eden qui nous a accueilli à bord avec chaleur, après nous avoir mis à disposition une cabine et le mess des officiers pour nous restaurer.
Nous voilà donc à Puerto Natales, où nous devions arriver, avec un fort goût de tristesse et d’inachevé, même si cet évènement est survenu en fin d’expédition et que nous avions fait la majeure partie du trajet. Tristesse pour Le kayak disparu, pour ne pas être arrivé à Puerto Natales par nos propres moyens. Amertume pour ce « sauvetage » et les journalistes, nombreux à notre arrivée, en quête d’un sensationnel pour lequel ils ont été déçus. Aussi, après un peu de repos, nous allons sans doute repartir en kayak, afin de terminer notre aventure comme presque elle l’aurait du, assis dans un kayak jusqu’aux ultimes coups de pagaies. A suivre…

3 06 2009 – Accident
Hier, Christian et Mélusine se sont fait brutalement surprendre en plein milieu d’un canal par le Wiliwoo bien connu pour  ses violentes bourrasques tourbillonnantes atteignant plus de 150 Km/h. La houle s’est levée jusqu’à quatre fois leur hauteur et Lola, le kayak de Mélusine s’est vu soulevé et retourné pour finalement retomber et se casser à moitié. Mélusine réussi à se dégager et nager vers Christian qui pagayait vers elle pour la sauver, tout en essayant de ne pas se faire renverser aussi.

Ils ont pu atteindre un site de camp et c’est là qu’ils sont coincés actuellement. Le caisson contenant le matériel électronique de communication s’est cassé et à sombré, avec Lola..Heureusement le téléphone Iridium était dans le kayak de Christian. Il leur reste dix jours de nourriture.

Aujourd’hui, malgré la perte de leur cher Lola le moral est meilleur. Ils ont pu joindre les autorités qui veulent les récupérer, mais un site de pêche  se trouvait à 10 jours de navigation de là où ils se trouvent c’est vers cette option qu’ils se dirigent afin de pour suivre leur aventure. Contrairement à Lola qui a sombré, le kayak Kala est un biplace qu’ils peuvent donc utiliser à deux.

Pour le moment cependant ils ne peuvent pas bouger, la houle est toujours aussi violente.

© Hielo Continental 2009 – Christian.Clot
  => Le Blog de l’expédition Hielo Continental

Suivre l’expédition au jour le jour :

1 – Départ de l’expédition kayak en Patagonie
2 – Mélusine et Christian ont quitté ce matin Puerto Natales pour la partie kayak de leur aventure.
3 – Mai 2009 – Bientôt les glaciers
4 – Juin 2009 – vers Puerto Natales puis Punta Arenas.

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