Histoire du Belouga Trimaran

par son concepteur, Jean Félix Pondard

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Une idée me hantait : dépasser les 6 nœuds atteint dans l’Aber Wrac’h sur le bélouga biplace équipé voile. L’augmentation du plan de voilure posait quelques problèmes de stabilité : difficile de faire du rappel en kayak.  L’idée du trimaran s’imposait !

Je me fixe alors un cahier des charges : la base du tri doit être un kayak de série possédant un safran, la transformation doit s’effectuer en une vingtaine de minutes, tout est transportable sur une voiture. Le kayak garde toutes ses qualités intrinsèques sans le montage voile et le « tri » est quant à lui un véritable petit engin ludique destiné à la voile. Je mets l’accent sur trois facteurs primordiaux : simplicité de montage et d’utilisation, efficacité réelle en version trimaran et bien sûr : sécurité.

Pour satisfaire à cette dernière exigence, le gréement est limité à 4 mètres, les fixations des bras au kayak sont équipées de « fusibles » au nombre de 3. Le pagayage est possible sans problème avec grand voile et focs gréés, enfin, je conseille très sérieusement de ne pas dépasser des forces de vents de 4 beaufort. L’idéal, pour tirer le maximum de plaisir et d’efficacité du bateau, est un vent régulier de 3 Beaufort.

Deux années de travail ont été nécessaires pour la mise au point de la version finale.

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L’idée maîtresse étant bien de posséder deux véritables embarcations ayant chacune ses propres caractéristiques à partir d’une base commune sans jamais faire apparaître sur le kayak quoi que ce soit qui puisse gêner son utilisation en version kayak pur.
Le bateau : la base est un kayak de mer Bélouga possédant bien sûr un gouvernail, les flotteurs mesurent 3,30 m pour un volume d’environ 60 litres, ils sont creux et possèdent un bouchon de vidange.
Les bras sont creux, en fibre de verre. Ils permettent un espacement des flotteurs de 2, 654 m d’axe à axe, ce qui permet de pagayer sans les toucher. Ils sont reliés au kayak à l’aide d’une base en fibre de verre, elle-même solidaire du bras à grâce à un système de sandows à demeure très serrés. Ces sandows, de part leur légère extension permettent d’amortir l’appui violent des flotteurs sur l’eau dû à d’éventuelles rafales.

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Les flotteurs sont reliés au bout des bras grâce à deux sandows d’une longueur prédéterminée permettant un couple de serrage adapté. Le mat constitué de deux brins en fibre de carbone et d’une longueur de 4 m se met en place très simplement dans son puits situé devant l’hiloire. La dérive est profilée et creuse, elle se positionne également dans un puits situé juste en avant du mat, elle se bloque en position haute à l’aide d’une petite cale sur laquelle une poulie sert de guide à l’écoute de grand voile. La grand voile a une surface d’environ 3.50 m² et le foc 1.50 m², tous les deux sont fabriqués à partir d’un tissu polyester 200 gr/m². Une fois le bateau gréé, celui-ci se transporte sur son chariot habituel.

Enfin sur l’eau ! il aura fallu un peu moins de 20 minutes de montage du trimaran.

Tout d’abord, il faut fixer les bras sur le sur le kayak à l’aide des papillons puis les flotteurs en bout de bras à l’aide des sandow prévus pour cela, enfin la grand voile et le foc sont mis à poste. La dérive est bloquée en position haute, les écoutes sont claires et choquées. Le kayak st face au vent, il convient alors d’évaluer les possibilités de départ en fonction du lieu (mouillage, activité nautique…). Le foc est pré-étarqué, le gouvernail est relevé, je me tiens à l’hiloire.

C’est parti !! Je pousse franchement le kayak sur l’amure du départ, je m’engage en un dixième de seconde dans l’hiloire, descend le gouvernail et la dérive, borde les voiles. Le tri est manœuvrant, je peux mettre ma jupe. Tandis que je dirige avec le gouvernail, mes deux mains libres me permettent de lover le surplus de bouts sur le pont, de bloquer la pagaie sous un sandow destiné à cela. Celle ci restant à disposition à tout instant si besoin est et utilisable en une fraction de seconde. Vent de travers au départ, je remonte doucement vers le lit du vent en poussant doucement sur le gouvernail afin de conserver ma vitesse, c’est vraiment très agréable, le bateau est bien en appui sur son flotteur gauche avec un bruit caractéristique « frouuuu » qui se fait entendre : il s’agit de l’écoulement de l’eau à l’arrière du flotteur. Plus celui-ci est fort, plus la vitesse est élevée. »

Jean-Felix PONDARD